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Cours · 15 à 18 ans

Quand tout augmente : inflation et taux de la BCE

À la fin, tu sais expliquer l’inflation, la réponse de la Banque centrale européenne par ses taux directeurs et la transmission au crédit des entreprises, sur l’épisode réel de 2021 à 2024.

Cours 5 sur 610 min15 à 18 ans

L’inflation est une hausse générale et durable du niveau des prix, pas la hausse d’un seul produit. En France, l’INSEE la mesure avec l’indice des prix à la consommation, qui suit le prix d’un panier représentatif des achats des ménages. En moyenne annuelle, elle a atteint 1,6 % en 2021, 5,2 % en 2022 et 4,9 % en 2023, avant de revenir à 2,0 % en 2024.

🔥 Inflation, indice des prix à la consommation, 2004 à 2024

Vingt ans d’inflation en France : des hausses de prix longtemps faibles, une hausse nulle en 2015 (0,0 %), puis le pic de 2022 (5,2 %), le plus haut de la période.

Source : INSEE, IPC ensemble des ménages, moyenne annuelle, recoupé avec Eurostat HICP.

Un taux d’inflation se mesure d’une année sur l’autre. Quand les prix montent de 5,2 % puis de 4,9 %, les taux ne s’additionnent pas : on multiplie les coefficients multiplicateurs (1 + taux), car la seconde hausse s’applique à des prix déjà augmentés.

Le niveau des prix de 2021 à 2023
Coefficient multiplicateur de 2022 (inflation de 5,2 %)
1,052
Coefficient multiplicateur de 2023 (inflation de 4,9 %)
1,049
Coefficient cumulé : 1,052 × 1,049
1,103548
Niveau moyen des prix de 2023 par rapport à 2021environ +10,4 %

Additionner 5,2 et 4,9 donnerait 10,1 %, ce qui sous-estime la hausse. Au même rythme que la moyenne des prix, un repas à 14,00 € en 2021 coûterait 15,45 € en 2023 (14,00 × 1,103548 = 15,449672).

Face à l’inflation, la Banque centrale européenne (BCE), indépendante des gouvernements, conduit une politique monétaire unique pour toute la zone euro. Son objectif principal est la stabilité des prix. Son levier : les taux directeurs, auxquels les banques empruntent ou placent leur argent auprès d’elle. La série utilisée par le jeu suit le taux des opérations principales de refinancement : 0,00 % en 2021, 0,58 % en 2022, 3,81 % en 2023 et 4,13 % en 2024, en moyenne annuelle.

🏛️ Taux directeur de la BCE, 2004 à 2024

Le taux directeur de la BCE : nul de 2017 à 2021, il remonte en 2022 et dépasse 4 % en moyenne en 2024. Une moyenne annuelle lisse les mouvements : la BCE a commencé à baisser ses taux au cours de 2024, ce que la moyenne de cette année-là ne laisse pas voir.

Source : Banque centrale européenne, opérations principales de refinancement, moyenne annuelle.

Pourquoi monter les taux ? Parce que les banques répercutent la hausse sur leurs clients : le taux des nouveaux crédits aux TPE et PME passe de 1,34 % en 2021 à 4,21 % en 2023, puis 4,47 % en 2024 (Banque de France). Un crédit plus cher freine les achats et les investissements financés à crédit, donc la demande, ce qui ralentit la hausse des prix. Le risque : ralentir aussi l’activité et l’emploi.

Pour savoir ce que coûte vraiment un emprunt, on compare son taux à l’inflation. Le taux d’intérêt réel vaut approximativement le taux nominal moins le taux d’inflation. Quand les prix montent plus vite que le taux du crédit, l’emprunteur rembourse avec des euros qui ont perdu du pouvoir d’achat.

Taux réel approximatif des crédits aux TPE et PME
2021 : 1,34 % moins 1,6 %
≈ -0,3 %
2022 : 1,97 % moins 5,2 %
≈ -3,2 %
2023 : 4,21 % moins 4,9 %
≈ -0,7 %
2024 : 4,47 % moins 2,0 %
≈ +2,5 %
Écart entre 2022 et 2024≈ +5,7 points

En 2022, emprunter coûtait moins cher que la hausse des prix : le taux réel était négatif. En 2024, il redevient nettement positif. Le calcul exact, (1 + 0,0197) ÷ (1 + 0,052) moins 1, donne environ -3,1 % pour 2022 : l’approximation suffit tant que les taux restent faibles.

Deux limites de lecture. Une inflation moyenne de 5,2 % cache des écarts énormes : l’énergie a flambé bien plus que la plupart des produits, si bien qu’un restaurant, gros consommateur d’énergie, n’a pas vécu la même inflation qu’une boutique en ligne. Et un prêt signé en 2022 se rembourse sur plusieurs années : son vrai taux réel dépend aussi de l’inflation des années suivantes. Pour ton entreprise, l’inflation est surtout un piège de calendrier : tes coûts montent souvent avant tes prix de vente. Si tu répercutes trop vite, tes clients partent chez un concurrent ; trop tard, ta marge se fait écraser.

Le restaurant pendant « Quand tout augmente », si tu ne touches pas à ton prix
Coût d’un repas en 2021
4,80 €
En 2022 : 4,80 € × 1,052, arrondi au centime
5,05 €
En 2023 : 5,05 € × 1,049, arrondi au centime
5,30 €
En 2024 : 5,30 € × 1,020, arrondi au centime
5,41 €
Marge brute d’un repas vendu 14,00 €, de 2021 à 20249,20 € puis 8,59 €

Sans hausse de prix, chaque repas rapporte 0,61 € de moins, soit une marge brute en recul de 6,6 %. Pendant ce temps, le prix de référence que le jeu donne au marché suit toute l’inflation et passe de 14,00 € à 15,76 € en 2024, tandis que les concurrents n’en répercutent qu’une partie sur leurs prix.

Petit quiz

  1. Les prix montent de 5,2 % en 2022 puis de 4,9 % en 2023. De combien le niveau des prix de 2023 dépasse-t-il celui de 2021 ?

    • 10,1 %
    • Environ 10,4 %
    • 4,9 %

    Les hausses se multiplient : 1,052 × 1,049 = 1,103548, soit environ 10,4 % de plus qu’en 2021.

  2. En 2022, une petite entreprise emprunte à 1,97 % alors que l’inflation atteint 5,2 %. Que vaut à peu près le taux réel ?

    • Environ -3,2 % : les prix montent plus vite que le coût du crédit
    • Environ +7,2 %
    • Environ +3,2 %

    Taux réel ≈ taux nominal moins inflation : 1,97 moins 5,2 donne environ -3,2 %. L’emprunteur rembourse avec des euros qui valent moins.

  3. Pourquoi la BCE a-t-elle relevé ses taux directeurs à partir de 2022 ?

    • Pour aider les entreprises à emprunter moins cher
    • Pour augmenter les recettes de l’État
    • Pour rendre le crédit plus cher, freiner la demande et ralentir la hausse des prix

    Des taux directeurs plus élevés se transmettent aux taux des banques. Moins de crédit, c’est moins de dépenses, donc moins de pression sur les prix.

  4. Tes coûts d’achat viennent de monter de 5 %. Quel risque prends-tu si tu montes aussitôt ton prix de 15 % ?

    • Aucun : en période d’inflation, les clients acceptent toutes les hausses
    • Perdre des clients au profit de concurrents qui augmentent moins
    • Voir forcément ta marge brute diminuer

    Une hausse bien supérieure à celle de tes coûts rend ton prix moins compétitif, et les clients comparent. Dans le jeu, les concurrents ne répercutent d’ailleurs qu’une partie de l’inflation sur leurs prix.