La croissance économique est l’augmentation durable de la production d’un pays. On la mesure par la variation du PIB en volume, c’est-à-dire une fois retirée la hausse des prix : si le PIB exprimé en euros courants monte de 5 % parce que les prix ont monté de 5 %, le pays ne produit pas davantage.
La croissance du PIB en volume en France : la récession de 2009 (-2,8 %), le choc de 2020 (-7,4 %) et le rebond de 2021 (+6,9 %).
Source : INSEE, comptes nationaux annuels base 2020, recoupé avec Eurostat nama_10_gdp.
- Moyenne simple des 20 taux annuels, de 2005 à 2024
- ≈ 1,21 %
- Produit des coefficients multiplicateurs, de 2005 à 2024
- ≈ 1,262
- Taux de croissance annuel moyen : 1,262 à la puissance 1/20, moins 1
- ≈ 1,17 %
- 2020 puis 2021 : 0,926 × 1,069
- ≈ 0,990
La moyenne simple des taux (1,21 %) surestime un peu le rythme réel : le taux de croissance annuel moyen, qui tient compte de l’enchaînement des années, n’est que de 1,17 %. Un recul pèse plus lourd qu’un rebond de même taille : malgré +6,9 % en 2021, après -7,4 % en 2020, la production de 2021 restait inférieure d’environ 1 % à celle de 2019.
D’où vient cette production supplémentaire ? D’abord de l’accumulation des facteurs de production : plus de travail (plus de personnes en emploi, plus d’heures travaillées) et plus de capital (machines, bâtiments, logiciels). Ensuite, et surtout sur longue période, de la hausse de la productivité globale des facteurs : produire davantage avec les mêmes quantités de travail et de capital, grâce au progrès technique et à une meilleure organisation.
- Capacité sans salarié ni équipement
- 48 repas par jour
- Avec la Machine automatique (+50 % de capacité)
- 72 repas par jour
- Prix de la machine
- 2 381,00 €
- Charges fixes par jour avec la machine (+5 %) : 95,00 € × 1,05
- 99,75 €
Avec le même travail, la production possible passe de 48 à 72 repas : la productivité apparente du travail augmente, ici parce que l’on a ajouté du capital. Le Labo innovation, lui, ne fait pas servir plus de repas : il rend le produit meilleur (+22 de qualité), ce qui relève de l’innovation.
Ce que la machine fait pour un restaurant, le progrès technique le fait pour une économie entière : l’électricité, l’informatique ou internet ont permis de produire plus par heure travaillée dans presque tous les secteurs. Le progrès technique naît de l’innovation : un nouveau produit, un nouveau procédé, une nouvelle organisation. L’économiste Joseph Schumpeter parlait de destruction créatrice : les innovations font naître des activités et des emplois pendant que d’autres disparaissent. L’avance de l’innovateur reste temporaire, jusqu’à ce qu’on le copie ou le dépasse ; un brevet la protège un temps, mais pour une durée limitée, afin que l’invention finisse par se diffuser.
La croissance n’est pas régulière, et ces fluctuations pèsent sur l’emploi. Quand l’activité ralentit, les entreprises embauchent moins et le chômage conjoncturel augmente : après la crise de 2008 et le ralentissement des années suivantes, le taux de chômage passe de 7,4 % en 2008 à 10,3 % en 2013. Mais un chiffre se lit avec prudence. En 2020, le PIB recule de 7,4 % et pourtant le chômage mesuré baisse, de 8,4 % en 2019 à 8,0 %. L’INSEE l’explique : l’activité partielle a maintenu de nombreux salariés dans leur emploi, et pendant les confinements, beaucoup de personnes sans emploi ne pouvaient pas chercher activement un travail. Au sens du Bureau international du travail, elles étaient alors comptées comme inactives, et non comme chômeuses.
Le taux de chômage au sens du BIT : au plus haut de 2013 à 2015 (10,3 %), puis en recul jusqu’en 2022. Le léger repli de 2020 ne signifie pas que l’emploi se portait mieux.
Source : INSEE, enquête emploi, recoupé avec Eurostat une_rt_a.
Enfin, la croissance se heurte à des limites écologiques : produire davantage consomme des ressources qui s’épuisent et rejette des gaz à effet de serre, des dégâts que le PIB ne mesure pas. L’innovation peut repousser ces limites (énergies renouvelables, procédés plus sobres, réemploi), mais les économistes en débattent : un appareil plus économe que l’on utilise davantage peut réduire, voire annuler, le gain : c’est l’effet rebond.
Petit quiz
En un an, le PIB d’un pays en euros courants augmente de 4 % et les prix de 3 %. Quelle est, à peu près, sa croissance en volume ?
- Environ 1 %
- 7 %
- 4 %
La croissance se mesure en volume, hausse des prix retirée : 1,04 ÷ 1,03 ≈ 1,0097, soit environ 1 %.
Un restaurant double à la fois ses salariés et ses équipements, et sa production double aussi. Qu’en conclure ?
- La productivité globale des facteurs a doublé
- La croissance vient de l’accumulation des facteurs, pas d’un gain de productivité
- Le progrès technique a doublé
La production suit exactement les quantités de travail et de capital : on produit plus, mais pas mieux. Un gain de productivité globale supposerait de produire plus avec les mêmes facteurs.
En 2020, le PIB recule de 7,4 % et le taux de chômage passe de 8,4 % à 8,0 %. Quelle lecture est correcte ?
- Le marché du travail s’est amélioré grâce à la récession
- La baisse vient d’un bond de la productivité
- Des personnes sans emploi, empêchées de chercher pendant les confinements, étaient comptées comme inactives
Au sens du BIT, un chômeur doit rechercher activement un emploi. Pendant les confinements, beaucoup ne le pouvaient pas, et l’activité partielle a aussi préservé des emplois.
Pourquoi l’avance d’une entreprise innovante est-elle souvent temporaire ?
- Parce que l’innovation est interdite au bout d’un an
- Parce que ses concurrents finissent par la copier ou la dépasser
- Parce qu’une innovation fait toujours baisser la qualité
L’innovateur profite d’un monopole temporaire, qu’un brevet protège un temps sans le rendre éternel, jusqu’à ce que d’autres le rattrapent : c’est le mouvement de la destruction créatrice.